Où sont les annales officielles, et pourquoi il n'y en a qu'une
L'armée de Terre publie elle-même les annales du concours EMIA sur le portail de l'AMSCC, sous la forme d'un document unique intitulé « Annales 2023 ». C'est un PDF d'environ 4,3 Mo et de 73 pages, distinct des rapports de jury et de la circulaire d'organisation, qui figurent sur la même page.
Nous ne reproduisons ici aucun énoncé. Le sujet reste chez l'armée : vous l'ouvrez sur le lien officiel, vous composez dans la durée réelle de l'épreuve, et vous revenez ici pour confronter votre copie aux attendus du jury. Ce que cette page apporte, c'est la carte des épreuves, les statistiques réelles et l'analyse des défauts qui coûtent des points.
Un avertissement utile avant de chercher ailleurs. Des annales EMIA d'autres années circulent sur les sites des promotions de cadets. Ce sont des documents de tiers, dont nous ne pouvons pas garantir la conformité au sujet réellement distribué. Seule l'année 2023 est publiée par l'armée elle-même.
Et une précision qui évite une perte de temps : il n'existe pas d'annales officielles des tests psychotechniques militaires. La batterie TAMI-C, commune à la Terre, la Marine et l'Air, n'est pas diffusée, et elle ne le sera pas, parce que sa validité repose précisément sur le fait que les candidats ne la connaissent pas d'avance.
La carte des épreuves écrites, telle qu'elle apparaît dans l'annale 2023
Le document couvre les trois concours, Sciences, Sciences économiques et sociales, et Lettres. En le parcourant, on trouve dans l'ordre :
L'épreuve de synthèse, 4 heures. C'est l'épreuve commune, et la plus lourde du document. Elle repose sur un dossier de quatre documents à synthétiser, et elle est mise en situation : en 2023, le candidat était placé dans le rôle d'un capitaine, officier rédacteur en régiment, chargé de préparer son chef de corps. Le thème portait sur le changement climatique et les nouveaux enjeux sécuritaires pour la France, avec des documents issus de l'IRSEM, de l'IHEDN, d'un rapport parlementaire et d'un communiqué des Nations unies.
L'épreuve d'anglais, 2 heures. Elle est commune aux trois concours et c'est la seule épreuve écrite qui se joue en partie au questionnaire fermé. Sa première partie, la compétence linguistique, est notée 12 points et s'ouvre sur un QCM de grammaire à 3 points, où chaque phrase à trou propose quatre solutions. Vient ensuite un repérage d'erreurs à 2 points, sur dix phrases dont il faut désigner le mot fautif parmi quatre repères. Une expression écrite complète l'épreuve.
Histoire des relations internationales et géopolitique, 4 heures, concours Lettres. Ce n'est pas deux épreuves mais une seule, qui réunit deux sujets à traiter sur des feuilles distinctes, notés 10 points chacun, sans aucun document autorisé. En 2023, l'histoire des relations internationales était adossée à une citation d'actualité et portait sur les traités de paix de Versailles et de Sèvres, ce dernier modifié par celui de Lausanne en 1923, et sur leurs conséquences pour la paix mondiale jusqu'en 1989. Le sujet de géopolitique, lui, tenait en une phrase : « Vers un nouveau choc pétrolier ? »
Les langues vivantes autres que l'anglais, au choix. L'annale 2023 contient l'allemand, l'espagnol, l'italien, l'arabe et le russe. Toutes suivent la même architecture : un texte de presse authentique, une traduction d'un passage délimité, des compétences grammaticales, puis des questions rédigées et une expression écrite calibrée en nombre de mots.
Les épreuves du concours Sciences : mathématiques (dérivées, primitives, intégrales, écriture d'algorithme), probabilités, et une épreuve de physique construite autour d'un thème unique, le vol de l'avion de chasse, déclinée en parties sur le mur du son et sur les résonateurs à quartz.
Les épreuves du concours Sciences économiques et sociales : une épreuve de mathématiques appliquées, et un texte économique, en 2023 sur la dette publique, tiré d'un discours du gouverneur de la Banque de France devant le Haut Conseil des finances publiques.
Ce relevé corrige une idée fausse qui circule, et c'est une bonne nouvelle pour votre préparation. Il y a bien du questionnaire à choix multiples dans ce concours, et on sait exactement où. En anglais, le QCM de grammaire et le repérage d'erreurs pèsent ensemble 5 points sur 20. Au concours Sciences économiques et sociales, le premier exercice de mathématiques appliquées est un QCM annoncé comme tel dans le sujet, noté 8 points, huit questions indépendantes à quatre réponses dont une seule est exacte, sans justification demandée, et avec un barème neutre : une erreur, une réponse multiple ou une absence de réponse ne retire aucun point.
Ce barème neutre a une conséquence tactique immédiate : sur ce QCM-là, ne jamais laisser une question vide. Le reste du concours, en revanche, se joue bien en rédaction, en traduction et en démonstration.
Ce que valent réellement les copies : les chiffres du jury
Le rapport de jury 2022 de la voie CTA-OLE donne des moyennes et des distributions. Ce sont les seuls repères fiables pour situer votre niveau, et ils sont plus sévères que ce que la plupart des candidats imaginent.
Histoire des relations internationales. Moyenne générale de 8,99/20 sur le sujet « La formation des blocs sur le continent européen, 1945-1956 ». La distribution est parlante : 15 candidats entre 0 et 4, 33 entre 4 et 8, 40 entre 8 et 13, et 15 au-dessus de 14. Autrement dit, un peu plus de 46 % des copies sont à 8/20 ou moins, et le jury signale que parmi les notes les plus basses figurent beaucoup de copies blanches.
Géopolitique. Moyenne de 4,98 sur 10, soit à peine la moyenne. 43 % des copies sont entre 1 et 5 sur 10, et seules 19 % dépassent 7. Le jury qualifie l'épreuve d'exigeante et de « très discriminante » : c'est elle qui creuse l'écart entre les candidats.
Synthèse, filière SES. Moyenne de 8,70, avec plus de la moitié des copies sous la moyenne, une note la plus basse à 1,5 et la meilleure à 16,5. Cinq candidats ont écopé d'une note éliminatoire.
Anglais, filière SES. 128 copies corrigées, moyenne de 9,62, notes allant de 1,5 à 19,5.
La lecture d'ensemble du jury est constante d'une année sur l'autre : les résultats d'admissibilité sont stables voire en baisse, et les candidats sérieusement préparés se détachent nettement. Ce n'est pas une formule d'encouragement, c'est ce que montre la distribution : le peloton de tête existe et il est mince.
Les quatre reproches que le jury répète chaque année
Les rapports se recoupent d'une session à l'autre. Quatre défauts reviennent, et ils sont tous réparables par la méthode plutôt que par les connaissances.
1. La synthèse est paraphrasée au lieu d'être construite. Le jury écrit que trop de candidats n'ont pas compris que la synthèse est un exercice de rédaction ordonnée d'arguments tirés des textes, et non une épreuve qui paraphrase les documents fournis. S'ajoute un manquement de forme : quand le sujet met le candidat en situation et appelle un canevas de fiche militaire, ce canevas doit être respecté. Beaucoup l'ignorent, et le paient.
2. Les bornes chronologiques du sujet ne sont pas tenues. En histoire, des copies masquent leur méconnaissance de la période demandée en développant longuement ce qu'elles savent d'une autre. Le jury est net : c'est peine perdue. On peut s'affranchir très légèrement des bornes en introduction ou en conclusion, le cœur de la copie appartient à la période indiquée.
3. La méthode de la dissertation n'est pas maîtrisée. Le jury détaille ce qu'il attend d'une introduction, et il le détaille parce qu'il ne le trouve pas : une accroche, une définition des termes du sujet, une explicitation des bornes chronologiques même lorsqu'elles sont données, une problématique explicitement formulée, et l'annonce du plan. En géopolitique, il ajoute les « accroches saugrenues », les définitions confuses, les plans à tiroirs conçus au hasard et l'absence de transitions.
4. Le fond est brassé au lieu d'être démontré. Toujours en géopolitique : trop de copies alignent de grands concepts mal maîtrisés et des évidences sans argumentation, sans idée maîtresse et sans exemple. Le conseil du jury est concret et gratuit : la lecture de la presse quotidienne ou hebdomadaire fera la différence entre les candidats.
Pour la filière scientifique, le message est différent mais aussi direct : préparer tous les domaines du programme sans faire d'impasse, parce que les meilleures copies sont celles qui traitent tous les exercices au moins partiellement. Et cette phrase, qui résume l'esprit de correction : une phrase ne remplace pas une équation.
▸ Sources
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Comment se servir de l'annale, concrètement
Une annale ne sert à rien si on la lit. Elle sert si on la compose.
Composez en temps réel, et en une seule fois. Quatre heures pour la synthèse, sans interruption et sans document autre que le dossier. C'est la gestion du temps qui produit les copies inachevées, et le jury note que les candidats éliminés ont pour la plupart rendu un travail inachevé.
Confrontez ensuite votre copie aux quatre reproches ci-dessus, dans l'ordre, avant de vous demander si vos connaissances étaient suffisantes. Dans les statistiques du jury, la méthode coûte plus de points que le savoir.
Situez-vous avec les vrais chiffres. Une copie à 9/20 en histoire n'est pas une mauvaise copie dans l'absolu : c'est la moyenne du concours. Une copie à 5 sur 10 en géopolitique est également dans la moyenne. Le seuil qui compte est celui du peloton de tête, autour de 14 en histoire et de 7 sur 10 en géopolitique, atteint par 15 à 19 % des candidats.
Ne cherchez pas de corrigé officiel : il n'en existe pas. Le rapport de jury est le document qui en tient lieu, et c'est pour cette raison qu'il faut le lire en entier, et pas seulement les statistiques.